À la conquête de l’Inde du Nord

par Eric Pateman

L’Inde est une terre d’extrêmes, de trésors enfouis, de mystère, d’humanité, d’opulence et de modestie. Il n’y a pas longtemps, j’ai visité la partie nord de ce pays magnifique avec ma femme et nos trois fillettes (de 6, 9 et 10 ans). Notre périple nous a amenés à travers des jungles reculées, des villes affairées, de jolis villages et des palais extravagants.

Après l’avoir parcourue en avion, en train, en voiture, à vélo et à pied pendant trois semaines, tout ce que je peux vous dire de l’Inde, c’est… attendez-vous à l’inattendu! Chaque détour vous captivera et vous surprendra! Les gens sont généreux et aimables. Le niveau de service ne peut être qualifié autrement que d’anticipatoire, par opposition au service réactionnaire auquel les Nord-Américains sont si habitués qu’ils s’y sont résignés. Vous ne manquerez jamais de rien (ou presque), et on vous accueillera à bras ouverts dans chaque maison et chaque village.

À partir de l’aéroport de Mumbai, nous avons roulé cinq heures, sur des chemins plutôt difficiles à décrire pour qui ne les a pas vus en vrai, jusqu’à Pench. Là-bas, les vaches occupent la rue, il y a plus de voitures et de coups de klaxon qu’il est possible de concevoir, et nous nous sommes même fait dépasser par une motocyclette qui transportait deux humains et quatre chèvres!

AVENTURE EN NATURE

Nous avons passé la première semaine du voyage dans le Madhya Pradesh, plongés dans les jungles de Pench et de Kahna. Nous avons logé dans deux gîtes : le Jamtara Wilderness Lodge et le Kahna Jungle Lodge. Dans les deux cas, c’était très confortable et bien organisé, mais ce qui nous a vraiment impressionnés, c’est le service! Serviettes chaudes, bouteilles d’eau chaude, déjeuner sur le toit des jeeps, toutes les petites restrictions alimentaires prises en compte… La perfection! L’arrière-grand-père des propriétaires actuels a joué un grand rôle dans la conservation de la nature et la survie des tigres dans la région, et sa vision et sa passion subsistent dans ces gîtes.

Pour être honnête, je n’avais jamais vu l’Inde comme une destination de safari, mais j’ai été ébloui par la beauté et la proximité des animaux. En fait, j’aurais dû m’y attendre : c’est le décor qui a inspiré à Rudyard Kipling Le livre de la jungle.Nous avons passé des heures à explorer les longs sentiers, à la recherche des insaisissables tigres qui font la renommée du secteur, mais aussi des troupeaux massifs de gaurs (bison indien), de chitals, de sambars, de nilgauts, de chiens et de cochons sauvages. Sans oublier les petits groupes de léopards, d’ours lippu, de cerfs, de hyènes, et j’en passe. Les filles étaient en admiration devant les singes (quelques-uns ont même sauté sur notre train), les paons sauvages, et bien sûr, les éléphants!

En dehors des safaris, les activités ne manquaient pas pour nous divertir, mais surtout, à mon avis de parent, pour apprendre encore et toujours. Des cours de cuisine pour nous faire redécouvrir les aliments et leur vrai goût (grenade, épices, chai, etc.), des leçons sur l’art d’attacher un sari, des visites de villages et d’écoles… Nous avons même visité une ferme de jaggery, où nous avons vu la façon traditionnelle de produire, sans centrifugeuse, le sucre de canne qui agrémente tant de plats locaux.

AVENTURE CULINAIRE

En tant que chef, gastrotouriste et gourmand tout court, je peux vous dire que le principal intérêt de l’Inde résidait pour moi dans sa scène culinaire. À notre deuxième semaine, nous avons quitté la jungle pour explorer des villes remplies de culture, et bien sûr de nourriture. Au programme : Delhi, Jodhpur, Deogarh, et enfin Jaipur. Les expériences étaient variées : nous avons dégusté une cuisine cinq-étoiles dans des palais empreints d’histoire, avec des couverts en or 24 carats, mais aussi mangé avec nos mains, assis par terre au soleil, des repas préparés au feu de bois par un chef à la ferme. La cuisine de l’Inde varie selon la région et la saison. La palette de saveurs, de textures et de couleurs est extraordinairement riche. Il faut dire que mes filles ont le palais plus aventureux que bien des jeunes de leur âge (un produit de leur environnement, j’en suis sûr), mais il y en avait quand même pour tous les goûts et tous les régimes alimentaires (la cuisine indienne ne se résume pas qu’à des caris épicés).

Comme touriste, j’aime les repas axés sur l’expérience. Je ne suis pas du type qui suit les guides de voyages et accoure vers les restaurants les plus chers ou les plus connus. Je veux manger avec les gens du coin! Découvrir et apprécier des ingrédients, des styles et des techniques en tout genre. Aller au marché, essayer des choses défendues (ce n’est pas pour rien que ma femme avait apporté une pharmacie complète dans ses bagages), surprendre mes papilles.

C’est grâce à cet esprit d’aventure que nous avons mangé chez des villageois et appris à cuisiner différents plats traditionnels, comme le poha et différents caris. Sans compter les samosas, les friandises, le kulfi, les pakoras et les innombrables tasses de chai qu’on nous a servis sous les escaliers, dans des marchés où les commerçants sont assis en tailleur devant les clients qui défilent toute la journée. D’autres fois, des agriculteurs nous ont servi pour simple repas du pain cuit sur le feu et garni de ghee (beurre clarifié) et de jaggery, cette délicieuse version locale du sucre, ou encore du pain farci à la viande de chèvre qu’on avait enfoui sous la braise d’un feu de bouse de vache (appelée gomayaou komaya) pour le faire cuire.

J’aurais pu déambuler dans les marchés, aller de maison en maison, pendant des semaines. Il y avait tant de saveurs et de textures à découvrir!

LES GENS

Non seulement la table est l’un des lieux les plus rassembleurs, mais elle se trouve à la croisée des cultures. Tous ceux qui nous ont accueillis dans leur maison, dans leur commerce, pour partager un repas et une conversation animée, nous ont fait sentir comme des membres de la famille. Je pense à l’un des plus grands chefs d’Inde, Asish Kumar Roy, de la grande chaîne Taj Hotels, aux cultivateurs de canne à sucre, à ceux qui nous ont invités chez eux, et même au fils d’un maharaja qui possède une magnifique auberge Relais & Châteaux, le Dev Shree .

Il n’y a aucun doute que le tourisme est important dans chaque village que nous avons visité, mais je peux vous dire que les gens étaient sincèrement fiers de nous montrer leur chez-soi et de partager un repas avec nous. D’autant plus que nous avions emmené nos filles dans des régions rarement fréquentées par des enfants étrangers, ce qui nous a attiré encore plus de sympathie. Autrement, nous n’aurions sûrement pas pu déguster toutes ces friandises, faire voler des cerfs-volants sur le toit d’une maison ou échanger de si longues conversations (où les uns et les autres, gesticulant avec énergie, parvenaient à communiquer malgré la barrière de la langue).

L’HISTOIRE

Les voyageurs d’aujourd’hui recherchent des expériences transformatrices, à plus forte raison lorsqu’ils voyagent avec des enfants qui devraient être sur les bancs d’école. Il faut que ce soit une occasion d’apprendre et de découvrir la culture. Nous tenions par-dessus tout à ce que nos filles soient en contact avec l’histoire et la culture du pays. L’Inde est bien sûr complètement différente du Canada, mais quelle valeur éducative pour les filles! (Et même pour ma femme et moi.) Imaginez toucher les murs d’un fort datant de 700 ans après J.-C., ou se tenir à l’ombre du plus grand cadran solaire au monde, bâti il y a des siècles. Ça remet les choses en perspective, et c’est le genre d’apprentissage qui ne s’acquiert pas dans les livres.

RÉSERVATIONS POUR L’INDE

Vous l’aurez compris, le voyage prend beaucoup de place dans ma vie (et celle de ma famille). Je ne prévois que les vols pour me rendre à destination puis rentrer au bercail et ne réserve que la première nuitée (et encore faut-il me mettre de la pression). Le reste est flou : j’ai tellement peur de manquer quelque chose que j’ai besoin de ce genre de flexibilité en voyage.

Cela dit, l’Inde est intimidante pour les visiteurs néophytes, alors j’ai opté pour un itinéraire. C’est une agence du nom d’Encounters Asia qui a tout organisé, et j’ai été incroyablement satisfait. Non seulement nous avons eu droit à des expériences très variées, mais nos trois filles avaient tout ce qu’il faut pour profiter du voyage : activités, chambres communicantes, cours de cuisine, expériences culturelles, guides touristiques, et bien plus encore. En plus, l’agence a compris mon désir de spontanéité et a pris des arrangements flexibles pour nos visites guidées et notre emploi du temps, alors je gardais un certain contrôle. Nous avons très hâte de retourner là-bas – pour explorer, plus au sud cette fois, la côte de Goa. L’Inde a conquis nos cœurs, nos palais et notre âme d’aventuriers!

Voici d’autres hôtels formidables où nous avons séjourné :

https://raasjodhpur.com/

https://www.claridges.com/the-claridges-new-delhi

http://www.deramandawa.com

UNE PARCELLE D’INDE AU CANADA

Au Canada, nous avons la chance d’avoir une importante communauté indienne qui n’hésitent pas à nous faire découvrir leur culture et toutes ses saveurs. Si vous ne pensez pas voyager en Inde de sitôt, laissez ces saveurs venir à vous. D’un bout à l’autre du pays, ce ne sont pas les bons restaurants qui manquent, mais j’ai quelques préférés. À Vancouver, je vous recommande Vij’s, maintes fois primé, et House of Dosas , abordable et sympathique. Du côté de Toronto, Pukka et Aanch sont à ne pas manquer pour leur réinterprétation moderne de classiques indiens et canadiens.

À propos d’Eric Pateman

Sommité mondiale du tourisme culinaire, Eric est aussi le premier ambassadeur de la cuisine canadienne sur la scène internationale. Il est propriétaire exploitant de la populaire marque Edible Canada, qui compte un restaurant primé, des boutiques et une division de voyage culinaire. Il possède également une société de sel nommée Amola et est à la tête de services-conseils qui l’amènent à voyager dans le monde quelque 250 jours par année pour aider des clients des secteurs public et privé à définir leur cuisine, à édifier leur marque ou à construire l’avenir de l’alimentation. Suivez-le dans ses aventures culinaires sur Instagram : @ericpateman.