Ottawa et son capital saveur

Par Heidi Small, la The Wander Woman

Avec l’aide d’Aéroplan, j’étais ravie de planifier un bref séjour à Ottawa, qui possède une scène culinaire à son image : discrète, sans prétention, mais pleine de belles découvertes. Surtout que la capitale n’est qu’à deux heures de route de chez moi, à Montréal, ou à moins d’une heure de vol de Toronto. À mon arrivée, je connaissais déjà très bien les chefs ottaviens; et donc, comme toujours, j’ai plongé tête première dans le monde des délices.

L’ancienne banque qui abrite Riviera est un joyau de l’architecture. Comme l’établissement est fréquenté par moult personnalités politiques, les têtes se tournent dès que quelqu’un franchit les portes. Ne sait-on jamais, on pourrait y voir le premier ministre… Assise dans un coin tranquille, j’ai été enchantée par le concept d’espace ouvert de ce restaurant, dirigé par le chef Jordan Holley et le sommelier Alex McMahon.

Le service a débuté sur une note parfaite : généreux ceviche de pétoncles avec crème fraîche, pavot, caviar et endive – un plat somptueux juste assez riche et salé. L’assiette de champignons sur pain grillé était composée de poules des bois de saison garnies de ciboulette et de copeaux de truffe. Une explosion de saveur! Ensuite sont arrivés cinq nuages des cieux : de divins gnudi de ricotta (un croisement entre le ravioli et le gnocchi) accompagnés de pois mange-tout frais. Ça fondait en bouche. J’ai failli lécher l’assiette.

Le dernier mets proposait des pâtes fraîches al dente et de bonnes bouchées de homard tout aussi fraîches. Je me suis aussi laissé tenter par la carte des desserts sur laquelle on pouvait lire « Avez-vous encore de la place? » Très drôle… J’ai choisi une gâterie chocolatée nappée de crème sure fouettée. Un mélange aigre-doux tout léger.


Vous voulez savoir ce qui me tire du lit le matin? C’est le café! Et en voyage, ma quête pour ce merveilleux élixir n’est que rehaussée.

C’est donc à chercher mon café que je me suis retrouvée dans la boulangerie Art Is In, un trésor si bien caché dans un bâtiment industriel qu’on se demande si on est au bon endroit. Osez entrer, et vous découvrirez une oasis. Ses propriétaires Kevin et Stephanie Mathieson de même que leur fille Emily nous accueillent dans un environnement tout à fait chaleureux et décontracté, malgré l’immensité de l’espace et de l’offre. Le café et le vaste choix de pains, de baguettes et de pâtisseries en font un incontournable.

Il faut y faire la queue, mais les employés sont efficaces. J’y ai siroté un délicieux flat whiteavec lait d’avoine et dévoré un croissant ET une chocolatine en un temps record. La pâte feuilletée décadente goûtait bon le beurre. Bref, si vous aimez le café et les décors lumineux qui respirent, vous adorerez cette adresse!


Pour moi, le repas est une façon de m’évader, surtout en voyage. Au Pelican Seafood Market and Grill, l’ambiance nostalgique vous rappellera vivement le bord de mer. (L’océan en plein centre commercial!) Ce restaurant familial, maintenant géré par Emile-Roy Foster, arrière-petits-fils du fondateur, est la fierté de la famille.

J’ai englouti une douzaine d’huîtres fraîches avant de voir défiler plusieurs plats typiques. La chaudrée de palourdes était onctueuse à souhait, avec de bons morceaux de pomme de terre et de palourdes et des craquelins en miettes (tradition oblige). Quant au sandwich au homard avec mayonnaise à l’aneth, il était si frais que j’étais convaincue qu’un pêcheur se tenait à l’arrière du resto, filet à la main, se vantant de sa dernière prise.


Plus tard en après-midi, après avoir parcouru presque toute la ville à pied, c’était le temps de me gâter avec un cocktail de mi-journée. Niché dans un immeuble de 122 ans, le Rabbit Hole m’a fait visiter le pays des merveilles. J’ai commandé un Old Fashioned à la pêche, fumé à la cannelle et à la cardamome et givré au zeste d’orange – le tout préparé par Mitch Cole, copropriétaire de la place. Une œuvre d’art qui a fait chaud à l’âme d’une cliente confortablement assise au bar. Christopher Juneau, chef et copropriétaire, était là aussi, en train de préparer un menu très varié : steak frites, assiettes de charcuteries et j’en passe. Une belle découverte par temps venteux.


En entrant dans le chic restaurant Mati, j’ai été frappée par l’élégance du bar en plein centre. Le décor d’une autre époque laisse croire qu’on va se faire servir une potion magique d’antan. J’ai choisi de m’asseoir tout près du mixologue Marty Pineault pour le voir créer une concoction étonnante qui donnait l’eau à la bouche : un daiquiri fait de jus de lime fraîchement pressé, puis versé de main de maître dans un bel objet de verre tout délicat et orné de jolis détails.

J’ai pu rencontrer les propriétaires, mari et femme Elias Theodossiou et April Miller, mais avais l’impression de retrouver de vieux amis. En effet, ils sont tous les deux très chaleureux, attentionnés et dévoués envers leurs employés. Et les lieux? On se croirait dans le salon d’une personne qui a vraiment beaucoup de goût : mur de briques exposé où s’épanouissent des plantes, plancher de bois franc et banquettes en coin tout confo. J’avais envie d’y rester longtemps.

La cuisine est dirigée par le chef Julian Hiotis, un as des mets crus et de la cuisson au charbon. J’ai goûté à son tartare de thon à nageoires jaunes, qui est riche en texture et qui fond en bouche avant une note finale qui a du mordant – un piment Serrano. Pour la dernière bouchée, j’aurais affronté Elias en duel, mais c’est un homme galant : il me l’a gentiment laissée.


North & Navy, c’est le trio gastronomique par excellence : un mélange d’amour, de dévouement et de repas furieusement savoureux. Voilà ce que promet non seulement le menu de cette adresse, mais aussi l’accueil chaleureux de Chris Schlesak, copropriétaire, qui m’a expliqué devoir laver la vaisselle ce soir-là, en raison d’une absence.

Je me suis donc assise le plus près possible de la cuisine ouverte pour voir Adam Vettorel, chef et copropriétaire, s’atteler comme si chaque plat était une pièce de collection. Rien n’était fait à la presse : au lieu de la frénésie habituelle des cuisines de resto, j’y voyais l’énergie de gens passionnés.

Un pain frais et du beurre accompagnaient une petite croquette de crabe – le tout joliment placé sur une assiette d’époque (le genre que votre grand-mère garde pour les grandes occasions). Ensuite, une assiette tout aussi coquette de prosciutto saumuré sur place et de délicieux morceaux de pêche. Disparue dans le temps de le dire! J’ai commandé des pâtes, et on a m’a servi huit gros agnolottis bien tendres, fourrés de ricotta et garnis de pavot et de fines tranches de pomme verte. J’en avais les genoux mous tellement c’était bon! Et pendant ses pauses, Chris m’a fait déguster des vins biodynamiques qui rehaussaient divinement les saveurs de chaque plat.

Comme une personne follement amoureuse, je n’ai pas arrêté de penser à North & Navy! Quelques jours plus tard, c’était plus fort que moi : je suis remontée dans ma voiture et j’ai conduit deux heures pour aller assouvir mes désirs.


Ottawa, on se revoit très bientôt.